par Kenneth White




(Dans cet essai, je réponds à deux interrogations qui, dans le contexte mental non seulement confus mais passablement dégradé d’aujourd'hui, peuvent surgir. À savoir : 1) La géopoétique est-elle dogmatique, c’est-à-dire anti-libérale ? 2) La géopoétique est-elle inhumaine, c’est-à-dire, non-humaniste ? J’entreprends cette exploration intellectuelle en compagnie de deux penseurs, Spinoza et Nietzsche, qui étaient dans les parages de la géopoétique dès ses origines).

 

1.

 

Que la liberté soit une conception très courante et très commode, il n’y a pas de doute. Mais on peut avoir plus que des doutes sérieux sur l’exactitude de l’hypothèse. On peut même se risquer à dire, « dogmatiquement », que pour la majorité des hommes c’est une illusion totale. Pour y voir clair, il faut, comme le dit Lichtenberg dans un de ses aphorismes, « une étude très profonde », une étude « pour laquelle un homme sur mille dispose du temps et de la patience nécessaires. »

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par Kenneth WHITE

 

L’Institut international de géopoétique, tout en étant de nature inédite, est une entreprise collective. En tant que tel, il est sujet à des crises. Que l’on pense au surréalisme et au situationisme, les deux mouvements auxquels il peut être comparé (ce qui ne signifie pas qu’il y a lignée), qui ont tous deux connu des crises importantes. L’institut international de géopoétique vient de connaître une de ces crises. C’est tout à fait dans le cours normal des choses.

Que la critique que j’ai faite du livre de Rachel Bouvet, Vers une approche géopoétique, ainsi que la décision d’écarter le groupe québécois, La Traversée, de l’Institut international de géopoétique, allaient susciter des réactions était plus que prévisible, et même tout à fait prévu.

J’ai sous la main deux textes qui expriment ce genre de réaction. Il y en aura peut-être d’autres. Mais puisque ces deux-là contiennent déjà un bon nombre de dicta inepta, dont on n’aura par la suite que des variations, elles suffiront pour faire le tour de la question et déblayer le terrain.

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(Presses de l’université du Québec, 2015)

par Kenneth White

 

 

D’un livre écrit par un membre actif de l’Institut international de géopoétique, qui a longtemps dirigé un des ateliers de son archipel, La Traversée, on pouvait s’attendre à mieux. Mais ce livre est non seulement décevant, il est sérieusement déficient.

Sans entrer pour le moment dans l’intentionalité de l’entreprise, plus ou moins  consciente, plus ou moins latente, le défaut initial vient sans doute du fait que l’auteur a essayé de faire trop de choses à la fois : évoquer ses attaches bretonnes, en voulant en faire non seulement un « point d’ancrage », mais un fondement ; faire, comme annoncé dans le sous-titre, une lecture des œuvres de trois écrivains (Kenneth White, Victor Segalen, J. M. G. Le Clézio) ; présenter les travaux de l’atelier québécois de géopoétique, La Traversée ; donner une idée sinon pointue, du moins pertinente, de la géopoétique. Le résultat est un salmigondis dont le lecteur novice pourra sortir avec l’impression que les écrivains en question sont marqués, avant tout, comme l’auteur de l’étude, par la bretonnitude ; que l’Institut international de géopoétique fondé par Kenneth White a existé, mais que l’archipel qu’il a instauré par la suite a pour mission (groupe québécois en tête) d’en prendre la relève ; et que la géopoétique n’est qu’une vague rencontre entre littérature et géographie. Quant au lecteur averti, il constatera chez l’auteur du volume un mélange assez curieux de naïveté et de prétention. « Je présenterai la géopoétique à partir des propositions de Kenneth White », déclare-t-elle, en précisant sa volonté de « cibler de nouvelles bases à partir desquelles ouvrir le champ géopoétique ». White aurait donc « proposé » et Bouvet serait là pour disposer.

Regardons cela de plus près, en essayant d’y voir clair, ce qui n’est guère facile, tellement le texte est confus.

Lire la suite : Lecture analytique du livre de Rachel Bouvet : « Vers une approche géopoétique »

« L’Orient et l’Occident sont des traits
que quelqu’un dessine à la craie sous nos yeux
pour nous prendre à notre propre jeu pusillanime. »[1]
(F. Nietzsche)

 
Dans l’histoire de la pensée, la question des relations entre Orient et Occident occupe une place insigne. Tout cela s’est engrené durant l’Antiquité en deux étapes principales liées à l’émergence de la métaphysique ainsi qu’à la pensée des sphères[2].

Cette opposition est née de la représentation cartographique du monde à l’époque présocratique avant d’être reprise par Platon, notamment dans Le Banquet et le Timée, sur le plan ontologique.

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